L'ECONOMIE et le VIVANT

 

Nombreux sont ceux qui considèrent aujourd'hui notre planète - ou le cosmos dans son ensemble - comme un tout interdépendant. Un tout bien malmené par l'homme, à l'aube de ce troisième millénaire. On peut affirmer - sans trop se tromper - que deux causes essentielles sont à l'origine de ce constat. La croissance démographique non contrôlée que connaissent les pays du Sud d'une part, la surconsommation encouragée par les modes de développement des pays du Nord d'autre part. L'un et l'autre sont liés - à titres divers - aux perturbations des mécanismes régulateurs de la biosphère, que provoque la priorité accordée à l'économie par rapport aux autres sphères d'activités humaines.

C'est là sans doute l'héritage le plus inattendu des théories de Newton et Descartes qui, malgré l'essor considérable qu'elles insufflèrent aux sciences et aux technologies, encouragèrent en contrepartie une approche fractionnée et matérialiste de la pensée occidentale. Cette rupture culturelle profonde, eut pour corollaire l'avènement d'une société plus égoïste - au sens le plus large du terme - où le profit prit le pas sur toute autre considération.

Depuis, l'impact de l'économie sur le monde du vivant a développé des effets pervers tant en ce qui concerne les écosystèmes naturels, que ceux modelés par nos activités. Si elle y affecte tout autant les espèces animales que végétales, c'est aux premières que nous consacrerons ce colloque.

La biodiversité paie un tribut particulièrement lourd aux pressions exercées par l'homme sur les espaces naturels. A en croire le biologiste américain E.O Wilson, considéré comme le " père de la biodiversité ", nous perdrons - quoi qu'il arrive - 20% du patrimoine vivant (en termes d'espèces) d'ici 2020.
Mais il est bien d'autres domaines où notre inconséquence est lourde de menaces pour l'avenir de la planète. On ne compte plus les rapports alarmants d'organisations gouvernementales ou associatives qui défraient - trop régulièrement hélas - les chroniques des médias. Certains remettent en question de façon définitive nos modèles de développement par les effets à long terme dont ils sont responsables, tels les pollutions et leurs répercussions tout au long des chaînes trophiques, la destruction de pans entiers d'écosystèmes et la fragilisation des équilibres auxquels ils participent, l'effet de serre et les modifications du climat, le trou d'ozone, les pluies acides ... D'autres enfin, sont le reflet de crises momentanées qui blessent la terre qui nous porte : Three Miles Island, Amoco Cadiz, Tchernobyl, Bopal,... autant de noms tristement célèbres. A chaque fois la responsabilité de l'homme fut mise - à juste titre - en cause. Toutes les autres espèces - colocataires au même titre que nous de cette planète - n'ont désormais comme seuls droits, que ceux que nous daignons leur octroyer. Elles paient par ailleurs un tribut sans comparaison, à cette souveraineté suicidaire.

Et puis il y a les espaces colonisés par les activités humaines. La place que l'homme assigne aux animaux d'élevage soulève à ce titre de plus en plus de questions. Les réactions dans l'opinion publique - souvent passionnées - quant aux abus de certains modes de production ou d'utilisation des animaux, témoignent de sa sensibilité accrue aux questions de souffrance animale. Mais aussi d'une certaine perte d'identité et de la recherche d'un lien. Celui qui nous rattache à la création - au sens large - et, qui nous pousse à rechercher au travers les animaux une partie de nos propres racines.

Il appartient en effet à chacun d'entre nous, en toute conscience, de
choisir entre un " Animal-Machine " au seul service de la productivité économique, et un animal intégré dans un cycle de production qui le respecte d'avantage, préserve l'environnement de pressions excessives, et conserve au " produit " commercialisé toutes les qualités que le consommateur peut en espérer.

Tout comme l'industrie alimentaire se doit de prendre en compte ces exigences et d'en informer les consommateurs, si elle veut éviter des amalgames qui jettent un discrédit injustifié sur tous les secteurs de production animale.

Souffrance animale, pérennité des écosystèmes et santé humaine sont trois aspects indissociables de la relation de l'homme à l'animal dans les secteurs de la production, à une époque où l'éthique doit trop souvent s'incliner devant les exigences du marché et de la maximalisation des bénéfices.

Le but de cette conférence est de pousser nos réflexions en ces domaines, d'informer pour chercher les alternatives justes, dans la perspective des exigences d'un monde profondément perturbé et interdépendant.

Dr Y.Beck Président du R.N.S.2)


Texte introductif au cycle de conférences sur le thème de "Economie et le Vivant"
à l'initiative du R.N.S. Protection animale - Sauvegarde de la Nature2) , le jeudi 24 avril 1997
à la Maison de la Culture de Woluwe-Saint-Pierre à Bruxelles


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