La séduction, chez les grenouilles, est une affaire de chant. Les mâles qui coassent le plus bruyamment sont les plus attractifs. Heureusement, la force brute n'est pas la seule façon de se distinguer dans cette joute sonore. Le mâle de la grenouille des arbres creux de Bornéo, Metaphrynella sundana, applique une technique très astucieuse pour décupler la puissance de ses appels. Il utilise son trou comme porte voix.
Anecdotique en apparence, cette habitude n'en constitue pas moins, aux yeux des scientifiques, une preuve de la transmission sociale de comportements et " de véritables variations culturelles régionales chez ces grands singes roux d'Asie ".
C'est déjà malin, mais il y a plus fort. Deux biologistes ont découvert que le batracien, pour profiter au maximum de l'effet de caisse de résonance, ajuste la hauteur de son chant à la fréquence propre de la cavité où il se trouve.
Les chercheurs ont placé des mâles dans des faux trous, des tubes de plastique partiellement remplis d'eau.
La nuit suivante, ils ont enregistré la puissance, la longueur et la hauteur des notes d'appel, tout en faisant lentement baisser le niveau d'eau dans les tubes.
Hésitations chez les grenouilles, qui ont commencé par tâtonner en testant des cris de différentes hauteurs. Des notes courtes pas très puissantes, comme pour ne pas gaspiller leurs forces.
Mais une fois ajustés sur la bonne fréquence, les petits chanteurs ont gonflé à bloc leur sac vocal et projeté dans l'obscurité des appels longs et puissants.
Pendant ce temps, le niveau d'eau a continué à baisser dans les trous artificiels. La colonne d'air s'allongeant imperceptiblement, comme dans un instrument à vent, la fréquence de résonance des cavités diminuait.
Les batraciens se sont adaptés sans difficultés à cette dérive. Durant une dizaine de minutes, leur chant a passé progressivement du Si bémol au sol pour rester en parfait accord avec la cavité. Une tierce mineure : " Bat " pour un batracien.
(Le Temps du 9 décembre 2002)