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Le chat a de tout temps été considéré comme un malin personnage, un être avec lequel il a fallu toujours compter. Nos plus grands génies ont rendu hommage à son intelligence. Montaigne prenait plaisir à jouer avec sa chatte, et il demandait comment on pouvait accuser les animaux de bêtise. On ne connais pas, en effet, d'animal plus observateur, plus patient, plus réfléchi et calculant mieux ses fonctions que le chat. Pour le juger dans toute son intelligence, il faut le voir épiant un oiseau. Comme il se ramasse en tapinois, comme il regarde à droite, à gauche, si personne ne le voit! Puis, l'oreille tendue, les yeux tout grands ouverts, il guette sa proie, miaulant quelquefois, mais si doucement, qu'on sent qu'il veut attirer, tromper l'Oiseau. Et, quand toutes ses mesures sont bien prises, ses réflexions bien faites, avec la rapidité du trait, d'un bond il tombe droit sur son gibier et rarement il le manque. Il ne faudrait jamais avoir observé un chat pour douter que, dans cette circonstance, il ait déployé raisonnement, de ruse et d'habileté. |
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Une autre scène dans laquelle on remarque l'intelligence du chat est celle où la mère chatte enseigne à son petit à saisir les souris. Quiconque voudra se donner la peine de suivre les mouvements de la chatte, dans cet exercice sera encore convaincu qu'un jour le jeune chat deviendra un vrai Grippeminaud, qui dira à son tour à la belette et au petit lapin :
Mes enfants, approchez, Depuis la femme chatte jusqu'au saint homme de chat bien fourré, gros et gras, jusqu'à ce Raminagrobis qui, dit-on, vivait comme un dévot ermite, vous trouverez partout la figure intelligente du chat. Le front du chat est large, proéminent , il contient un cerveau bien développé; ses sens exquis, sa sensibilité hyperesthésique, tout son être enfin porte l'empreinte de la finesse, de la prudence et de la réflexion.
On a souvent accusé le coeur des chats, mais ces accusations ont été portées par des gens sans réflexion qui n'ont jamais vu le chat que sur les gouttières ou au moment des repas. Autrement le chat a trop d'esprit pour ne pas
avoir un peu de coeur. Bien des braves femmes de la campagne vous diront que leur chat les suit comme le chien suit le maître de la maison. Le chat va jusqu'aux champs avec elles, et, pendant
qu'elles cueillent l'herbe pour la vache, Noirot chasse et attrape les innocents de la plaine. Dilly raconte qu'on avait accoutumé dans une maison de mettre de la viande dans une armoire, à la serrure de laquelle on laissait la clé après l'avoir fermée. Deux chats qu'on nourrissait ne manquaient pas, quelque temps après, de venir ouvrir cette armoire en s'attachant l'un au-dessus de l'autre au-dessous de la clé, et la faisaient tourner. Cela exécuté, ils ne s'amusaient point à prendre la viande qu'ils cherchaient: ils se cachaient d'abord sous l'armoire pour épier si quelqu'un les avait aperçus; ils revenaient quelque temps après et examinaient avec leurs pattes si l'armoire était ouverte, et alors ils ne manquaient pas de prendre la chair qui les avait attirés. Champfleury, dans son livre sur les chats, nous donne un exemple de la sagacité du chat. "Après déjeuner, dit-il, j'avais pour habitude de jeter le plus loin possible, dans une pièce voisine, un morceau de mie de pain qui, en roulant, excitait mon chat à courir. Ce manège dura plusieurs mois; le chat tenait cette miette de pain pour le dessert le plus friand. Même après avoir mangé de la viande, il attendait l'heure du pain et attendait juste le moment où il lui semblait extraordinairement gai de courir après le morceau de mie. "Un jour je balançais longuement ce pain que le chat regardait avec convoitise, et, au lieu de le lancer par la porte dans la pièce voisine, je le jetai derrière lu haut d'un tableau, séparé du mur par une inclinaison légère. La surprise du chat fut extrême; épiant mes mouvements, il avait suivi la projection du morceau de pain qui tout à coup disparaissait. "Le regard inquiet de l'animal indiquait qu'il avait conscience qu'un objet matériel traversant l'espace ne pouvait être annihilé. "Un certain temps le chat réfléchit. "Ayant argumenté suffisamment, il alla dans la pièce voisine, poussé par le raisonnement suivant . Pour que le morceau de pain ait disparu, il faut qu'il ait traverse le mur. "Le chat désappointé revint. Le pain n'avait pas traversé le mur. "La logique de l'animal était en défaut. "J'appelai de nouveau son attention par mes gestes, et un nouveau morceau de pain alla rejoindre le premier derrière le tableau. "Cette fois le chat monta sur le divan et alla droit à la cachette. Ayant inspecté de droite et de gauche le cadre, l'animal fit si bien de la patte qu'il écarta du mur le bas du tableau et s'empara ainsi des deux morceaux de pain. "N'est-ce pas là, dit avec raison Champfleury, de la sagacité doublée d'observation et de raisonnement?"
M. Parpalet, un véritable ami des animaux et qui devrait se faire l'éditeur de leurs belles actions, m'a raconté l'histoire d'un chat qui, tous les soirs, fermait les volets intérieurs de la chambre où il couchait, et qui se jetait aussi sur
la clé de la porte de la chambre et la faisait tourner jusqu'à ce que la porte s'ouvrît.
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