Les animaux pris au piège de la guerre


Pattes d'éléphant



Les âmes sensibles se sont émues du sort de Motola, cet éléphant femelle de 38 ans qui, l'été dernier, perdit un pied en sautant sur une mine antipersonnel, à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie.
La photo de la convalescence de Motola, soigné dans un hôpital spécialisé pour les pachydermes, fit le tour du monde .
Mais, pour une Motola, combien d'animaux pris au piège de la guerre des hommes errenr dans la nature, sans soins, complètement estropiés et agonisant dans d'atroces souffrances?
Les quelques 110 millions de mines antipersonnel "semées" et oubliées partout dans les zones de conflit, anciennes ou actuelles.
Environ 64 pays de la planète constituent aussi une réelle menace pour le royaume des animaux.
Chaque année, environ 25000 personnes sont blessées ou tuées par les mines. Le nombre de victimes animales pourrait être dix à vingt fois supérieur.
Les plus fortes concentrations de mines se trouvent dans les pays les plus pauvres, ravagés par des decennies de guerre, comme le Cambodge ou l'Afghanistan, et dont les maigres ressources ne permettent pas, pour l'instant de les éradiquer.
De nombreux paysans dépendent de l'élevage, et la question des pertes animales n'est pas exclusivement d'ordre sentimental.
A cause des mines, qui ont fait chuter la production agricole et les revenus des fermiers, des terres demeurent en jachère.
Une enquête publiée en 1995 portant sur la Bosnie, l'Afghanistan, le Cambodge et le Mozambique montrait que les 32904 paysans recensés par l'étude avaient perdu un total de 54554 animaux, ce qui représentait pour chacun une perte moyenne de 200 dollars, soit l'équivalent du revenu annuel dans certains pays. Pour les espèces sauvages en péril, on manque totalement de données statistiques.
Un exemple parmi tant d'autres, dans l'est et le sud de l'Afrique, qui abritent une des faunes les plus riches de la planète, des populations animales entières ont été dévastées par plusieurs conflits sanglants.
Là, les éléphants ont été massacrés.
Comme les innocentes victimes des scandaleuses guerres civiles, femmes enfants et vieillards.

(Tribune de Genève du 27-28 Mai 2000)



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