Le Rouge-queue

Si vous avez une petite baraque de jardin dans laquelle vous rangez vos outils, vous aurez peut-être la chance d'y voir s'installer un couple de rouge-queue noir. Cet oiseau migrateur, de couleur brun-noir avec le croupion et la queue rouge, arrive chez nous dès le mois de mars. Il passe la mauvaise saison sur le pourtour méditerranéen. Tout en appréciant les régions rocheuses, il sait construire son nid dans les endroits les plus inattendus, tels que boîte aux lettres ou vieux pot de fleurs. Des rouges-queues, il en existe deux espèces chez nous : le rouge-queue à front blanc et le rouge-queue noir. Le premier habite de préférence les régions rocailleuses et les tuiles de nos maisons. Dès le mois de mars, on voit cet insectivore sautiller sur les toits, sur les murs à la recherche d'insectes. Le mâle arrive le premier et de met aussitôt à la recherche d'un territoire, se posant bien en évidence sur le faîte d'un toit ou sur un mur pour lancer son gazouillis bref suivi d'un bruit ressemblant à celui des billes d'acier. Si un autre mâle se présente sur le territoire du premier, il en est aussitôt chassé dans un vol rapide et zigzaguant et «les billes de son chant » s'entrechoquent de plus belle.

Quelques jours plus tard, les femelles arrivent, plus discrètes de couleur, brun-gris avec un peu de roux sur le croupion. Dès qu'un couple s'est formé, il inspecte son territoire pour trouver l'endroit idéal pour y construire son nid. Les poutraisons qui soutiennent les toits sont particulièrement affectionnées. Dès que l'emplacement est choisi, le couple entreprend la danse nuptiale et l'on voit le mâle se balancer en déployant sa queue et ses ailes. La construction plutôt rustique du nid est entreprise.

L'an dernier, chez des amis, un couple de rouge-queue avaient construit leur nid sur la poutre faîtière d'une petite maison à outils au fond du jardin. Le nid terminé les premiers oeufs y avaient été déposés mais un matin, le nid avait été retrouvé sur le sol et des oeufs, il ne restait que quelques coquilles. Nos rouges-queues. loin de se décourager avaient entrepris la construction d'un nouveau nid derrière un volet mi-clos du même baraquement.

Malheureusement, cette fois, ce ne fut pas un prédateur qui détruisit le nid une seconde fois mais le vent d'orage qui ouvrit le volet.

Las de construire à l'extérieur le couple tenace, s'établit cette fois-ci, à l'intérieur de la baraque en pénétrant par un carreau cassé et le nid fut construit sur un rayonnage derrière des pots de fleurs et cette fois-ci, la couvée réussit. Les cinq oeufs pondus donnèrent naissance après treize jours à 5 oisillons aveugles qui, après quelques jours au nid, prirent leur essor encore malhabiles, sautillèrent un matin sur les toits du voisinage, appelant leurs parents pour réclamer leur bectée avec des cris de crécelle.

Ils voletèrent pendant quelques jours autour de leur nid, facilement reconnaissables avec la queue courte dont les plumes caudales n'ont pas encore poussé.

Dès le mois de septembre, les rouges-queues quittent nos régions pour des cieux plus cléments. Généralement, ils font deux à trois couvées durant l'été.

Si parfois la nature nous attriste par les drames qui se trament, elle nous donne aussi des leçons de volonté et de ténacité.

P.Challandes


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