Les animaux avec lesquels nous vivont auront sans doute toujours la fâcheuse manie de nous lâcher. On ne pourrait réduire cette cohabitation éphémère à quelques photos et quelques bons souvenirs car nous en sortons moins ignorants que nous y sommes rentrés : cette cohabitation avec un animal est toujours l'occasion de grandir en tant qu'être humain.
Certaines personnes naissent avec Médor et Minette penchés sur leur berceau. La présence d'un chat ou d'un chien leur est aussi naturelle qu'un lit ou une salle de bain. Cela fait partie de leur vie sans qu'ils ne se posent jamais de questions. Qu'ils habitent en ville dans un deux-pièces, qu'ils partent en vacances, aucun obstacle n'existe jamais, ils ont réponse à tout. Les animaux les reconnaissent tout de suite. Si un chat s'égare, c'est derrière leur fenêtre qu'il vient faire des yeux de martyre. Quant aux chiens perdus, c'est tout pareil, ils croisent infailliblement leur chemin, et c'est sans compter les oiseaux blessés et j'en passe. Ces gens-là n'ont jamais conscience de ce don naturel car il faut ne pas l'avoir pour pouvoir le mesurer. Or justement, je ne l'ai pas, je ne l'ai jamais eu et j'ai toujours su que je ne l'avais pas. Les chiens me faisaient peur, je trouvais qu'ils sentaient mauvais, les rongeurs étaient idiots, les oiseaux sales, les poissons répugnants et les chats mal embouchés. Je n'ai pas dis que je n'aimais pas les animaux, au contraire, je les adore. Pour moi une maison n'est pas un foyer s'il ne s'y trouve un chat, une promenade sans chien n'a pas le moindre intérêt. Et j'aime par dessus tout les regarder et les sentir proches de moi. Mon chat Long John est mon plus vieux pote. Ca fait rire Denis quand je dis ça, mais c'est vrai. On en a fait des choses ensemble, depuis le temps qu'on se connaît. On en a traversé des tourmentes, et on est toujours là, et toujours ensemble. Faut que tu vives encore longtemps mon gars, parce que y en a pas deux comme toi. T'es le meilleur chat que j'ai jamais eu.
Il y avait un chien chez mes parents et c'était bien. Un peu énervant, collant, bavant, puant parfois, mais l'un dans l'autre il y avait plus de positif que de négatif. La mort du chien a laissé un grand vide et puis un jour on se demande pourquoi ils n'en reprendraient pas un. Ça fait deux ans maintenant, vous pourriez peut-être y penser? Tu n'as qu'a en prendre un toi. Moi? mais... et pourquoi pas? Et l'idée chemine. Mais j'habite en appartement, c'est quand même pas l'idéal. J'habite en appartement, c'est vrai mais je ne travaille que quelques jours par semaine et j'ai beaucoup de vacances et puis Denis ne travaille plus, il est là tout le temps et il se sent un peu seul. Il aimerait bien un compagnon à quatre pattes qui pourrait courir avec lui. Et puis on ne va pas rester en appartement toute notre vie, je deviens dingue, il me faut de l'espace. Dès que je suis affectée pour de bon dans un établissement je déménage.
Enfin bref, ce sont des semaines, des mois d'hésitation. Et puis non, il ne faut pas céder à un caprice. Mais quand même on se renseigne sur les races. On s'abonne à toutes les revues de chiens, on demande les anciens numéros. On achète des livres et des livres. C'est juste pour se renseigner. Ça n'engage à rien. Un chien, c'est tellement bien, et pour les enfants, et pour nous. Quand les enfants partent chez leurs grands-parents ou chez leur père. De plus on adore se promener et on habite à deux pas de la forêt. Et puis on aime bien se lever tôt. On a donc pris un chien à l'essai, celui de ma soeur. Il, ou plutôt elle car c'est d'une vieille mademoiselle dont il s'agit, est venu chez nous faire une petite cure de campagne. Ça la changeait des miasmes parisiens. Conclusion de l'expérience: finalement un chien ce n'est pas du tout une corvée. On ne se rend même pas compte qu'il est là. Pas de problème non plus avec le chat. Il accepte.
Seulement on voudrait un chiot, parce qu'on veut être sûr de son caractère. Et s'il se mettait à courser les chats. Ou les hamsters. Et s'il avait été battu, et s'il mordait les gosses. Et puis j'aimerais mieux une race parce qu'on saurait à quoi on s'engage. Avec un corniaud on ne sait jamais sur quoi on va aboutir et attention aux mauvaises surprises. Et puis grosso modo, même si les chiens ont tous des personnalités, il y a dans les races des traits dominants ce qui fait qu'on sait quel genre d'animal on va avoir et quel genre de vie le satisfera. Vous voyez d'ici la catastrophe si je me retrouve avec un chien qui a l'ivresse de l'espace, ou un besoin incohersible de vivre en meute? Alors on cherche, on cherche, il y en a beaucoup qui me plaisent, ou qui me plairaient mais à qui je ne pas offrir ce qu'ils méritent. J'en voudrais un pas trop gros, moyen au pire. J'aimerais bien qu'il ait quelques poils à patouner et puis qui dissimulent un peu son impudique nudité. Mais il me faut un chien rustique qui puisse marcher des kilomètres, me suivre en VTT (c'est moi sur le VTT, pas le chien). Une race qui ne se soit pas gastronome, qui soit sociable avec ses congénères et qui ait de bonnes relations avec les enfants. Qui ne soit pas méfiante et qui apprenne vite. Une race plutôt soumise. Les rapports de force ne m'intéressent pas du tout. Je sais bien, on lit dans beaucoup d'ouvrages, prenez le chiot qui a l'air le plus baroudeur, celui qui met la pâtée à ses frères de portée et qui ne s'en laisse pas compter. C'est cela, oui. A six mois il bouffera les gosses, et à un an j'en aurai la trouille, merci. Je ne veux pas faire du ring avec mon chien. Il me faut un chien gentil. Surtout pas un chien qui ait du mordant, surtout pas un chien de garde, surtout pas un chien qui aboie dès qu'un papillon passe dans son champ de vision. Un chien de race, mais qui soit discret, du genre chien normal, si vous voyiez ce que je veux dire. Alors il faut considérer tous ces paramètres et il faut se mettre d'accord.
Finalement, il y a quelques races qui reviennent plus souvent dans nos conversations. Tu ne trouves pas que un X, c'est quand même super mignon? T'as vu, là, ses yeux? (ah, l'importance du regard!) Et puis ils disent que ça adore les enfants (hé, ils disent toujours ça). Si on écrivait au Club de race, pour voir. Ça n'engage à rien et en plus c'est gratuit. Tiens, il y a des élevages pas trop loin. On pourrait téléphoner, juste pour voir.
Vous aurez compris l'engrenage perfide dont on était sûr de sortir vaincu. La famille s'est décidée pour un Golden Retriever. Il semblait posséder toutes les qualités et tous les défauts avec lesquels on rêvait de vivre pendant 15 ans. Peut-être un chien un tout petit peu plus petit? Un Cocker? C'est tellement mignon, surtout les noir et blanc et les bleus aussi. Trop remuant?
Si on allait les voir ces Golden? On se ferait une meilleure idée. On pourrait aller dans une expo? Trop de monde, trop de bruit, on ne se rendra pas compte du caractère. Alors voilà, faisons les choses bien. Une fois qu'on s'est dit qu'on allait acheter un chien de race autant mettre toutes les chances de son côté, parents testés dysplasie et atrophie rétinnienne. On n'est jamais sûr à 100%, mais on met les chances de notre côté.
Nous sommes donc allés en Indre et Loire (ou par là). C'était loin finalement et puis quel sale temps, de la neige, du brouillard. On est arrivé dans une grande ferme qui semblait désertée. Pourtant ça doit être là. Et oui, c'est le bon endroit. L'éleveuse nous a plu. C'est sûr, ce n'est pas elle qu'on allait acheter, mais elle aime ses chiens et un chiot qui est aimé à un bon départ dans la vie. De plus, il y avait des enfants et même un chat, en fait des conditions proche des nôtres. Je me rappellerais toujours l'émouvant moment de la présentation avec les parents. Le père était superbe. Il n'était pas couvert de CAS et de CACIB, mais ce n'est pas pour moi un critère fondamental et ceci pour plusieurs raisons. Premièrement je ne considère pas la beauté comme un critère de sélection suffisant. Je pense que les reproducteurs devraient obligatoirement avoir un certificat de civilité. On vit plus avec le caractère de son chien qu'avec sa beauté. Les chiens idiots m'énervent. Deuxièmement, si on ne peut pas contester qu'un chien champion soit beau, cela ne veut pas dire pour autant que les autres soient moches. Vous pouvez avoir le chien le plus beau du monde, si vous ne l'exposez pas, il ne deviendra jamais champion, et cela ne l'empêchera pas d'être beau. Logique. Troisièmement, il y a certains défauts qui font à mon avis des chiens plus jolis que les champions de conformité au standard. D'ailleurs, en matière d'esthétique, les goûts changent selon les époques et selon les pays. J'en veux pour preuve la dérive dite "des toiletteurs" qui mettent sur le devant de la scène les chiens à la fourrure la plus opulente, l'accroissement staturale d'autres races ou les exagérations du standard conduites par quelques jusqu'au-boutistes. Telle est mon opinion et il ne faut pas y voir une critique du travail des éleveurs ou des expositions ou des juges. La preuve, j'ai acheté mon chien chez un éleveur recommandé par le Club de race.
Parlons un peu de la mère. Elle avait une moins jolie tête, mais si on me l'avait donnée, je serais repartie avec sans hésiter. J'ai eu le coup de foudre pour cette chienne. Elle était tellement douce. C'était un chien comme elle que je voulais. Ces choses ne s'expliquent pas rationnellement, c'est comme avec les gens. Certaines choses se comprennent sans s'expliquer, inutile de vouloir tout verbaliser. Je pense qu'il y a une question de chimie dans les attirances irrationnelles. Il y a des gens ou des animaux (peut-être des endroits) qui émanent une odeur imperceptible pour notre nez mais qui nous va droit dans le cerveau et qui met nos sens en émoi. C'est ma théorie. Si on me demande ce qui me plaît le plus chez Denis, c'est son odeur. Ou plus exactement l'odeur de sa peau. Non pas que ce soit une odeur que je puisse identifier avec mon nez, c'est une odeur que j'identifie avec ma tête. Un peu comme un chien doit sentir, au sens propre, la peur ou la joie. Si cela vous fait sourire, ne vous gênez pas, j'ai l'habitude. Vous ne croyez tout de même pas que quand je raconte ça dans ma famille ils m'écoutent tous bouche bée en criant à la révélation. Ils sont habitués, alors ils me laissent parler avec une courtoisie teintée d'une certaine ironie. Tout le monde sait bien que je détecte des odeurs que personne n'est capable de sentir et que j'ai quelques idées farfelues. Une autre chose que j'ai oubliée de dire, quoique ce soit important, c'est que dès le début je m'étais fixée sur une femelle. Ou femelle ou pas de chien. Pour les chats, je préfère largement les mâles mais pour les chiens c'est définitivement les femelles. La femelle est plus douce, plus calme, plus femelle. Je sais, il y a l'inconvénient des chaleurs. Mais le chien que passe son temps à se branler sur votre jambe ou à essayer de violer les enfants comme le Chow-Chow d'Angelica, vous trouvez ça beaucoup mieux? Ils ne sont pas tous comme ça, heureusement, mais j'en ai connu trop et rien ne me garantit que je serai la super-maîtresse qui saura canaliser l'énergie sexuelle de son étalon. S'il est frustré, ne risque-t-il pas de se mettre à se gratter ou à bouffer les chaussures ou à se barrer dans les bois? Une femelle, c'est beaucoup plus simple. Enfin bref, j'ai tout de suite aimé Hesse et ses yeux de Cocker.
Nous nous étions mis en tête un chien de couleur fauve et H'Gore et Hesse était plutôt, et même franchement, d'un sable clair bien plus proche de ce que je nomme crème pour être tout à fait franc. On n'avait jamais pensé qu'on pourrait avoir envie de cette couleur-là, mais finalement ça nous a plus tout de suite, comme quoi nous ne sommes pas des clients embêtants. Et si j'avais été choisir un Cocker noir et blanc, je me serais peut-être décidé pour un blanc et orange. Ce n'est pas que je ne sache pas ce que je veux ni que je me laisse influencer, mais il y a d'autres paramètres inquantifiables. Laissons parler l'instinct quand on ne peut l'expliquer, c'est souvent une bonne politique dans le relationnel.
En ce mercredi 4 janvier 1995, les chiots étaient encore de minuscules larves d'une quinzaine de jours qui dormaient comme des bien heureux sous la lampe à infrarouge, pas plus gros que des lapins nains. Nous n'aurions jamais voulu les tripoter. Ni nous, mais après tout nous sommes des adultes et nous pouvons nous contrôler, ni même les enfants qui avaient toujours respecté les animaux. C'est vrai qu'avec Long John à la maison, pas question de plaisanterie douteuse. Il a maté tout ce petit monde vite fait et il n'y a pas un gamin assez téméraire pour chercher à lui tirer la queue et les moustaches. Il a une façon de jeter son regard vert et menaçant qui fait réfléchir. (J'étais là avant vous les petits, donc le chef c'est moi. Pour jouir de l'immense honneur de ma présence il faut s'écraser. On ne me touche pas, on ne crie pas, on ne court pas. Les contrevenants seront foudroyés du regard). Long John est un chat adorable, que dis-je le plus adorable des chats, puisque c'est le mien, mais il sait faire peur. Jamais il n'a ni griffé ni mordu, mais il a de l'autorité en lui quand il est dans son domaine. Ce qui explique peut-être en partie qu'il refuse obstinément de mettre une patte en dehors de la maison et c'est comme ça depuis qu'on l'a trouvé emballé dans un vieux tissu posé sur notre poubelle en juillet 1986, pauvre petit pouilleux, maigre, sale, les yeux pleins de pue. Quand je pense qu'on a failli tuer ce pauvre chat en voulant le sauver. Je me rappelle qu'il a dormi dans ma chambre la première nuit, qu'il était malade comme un chien. Pour tout dire, je ne voulais pas de chat. car en fait j'avais déjà un chat. En 1980, ma soeur avait ramené un adorable chaton tabby. Il faut dire que la chatte Persan bleu de ma soeur avait eu des chatons, deux ou trois, je crois, peu de temps avant. Un seul chaton était vivant au moment de la mise bas et mes parents étaient d'accord pour que je le garde. Il était d'une couleur chocolat ravissante ce petit Paulo. Seulement, était-il trop faible, la mère n'avait-elle pas assez de lait ou succomba-t-il à un excès de tripotage de la part d'une amie un peu trop amicale, il mourut au bout d'une semaine. En fait et selon une logique parfaitement abusive et puérile, j'avais donc acquis moralement le droit d'avoir un chat et la permission exceptionnelle que l'on m'avait accordée pour garder un petit de la chérie de la maison devait en toute logique s'étendre à n'importe quel autre chat. Raminagrobis, puisque tel était son nom était mon chat selon les critères humains, mais le chat de la maison selon les critères félins. Si bien que quand je déménageais, je décidais la mort dans l'âme de le laisser chez lui, à vadrouiller dans son grand jardin et à faire toutes les folies qui lui ont coûté tant d'accidents. Mais par culpabilité enfouie ou par fidélité, je ne voulais pas le remplacer.
C'était sans compter sur le destin qui m'a amené Long John et on ne lutte pas contre ce qui est écrit là-haut. Long John est un chat blanc et silver tabby, du modèle courant mais très joli. D'où son nom Long John Silver (voire Stevenson, j'ai des lettres qu'est-ce que vous croyez?). Si je dis qu'il est joli ce n'est pas parce que c'est mon chat. Je dirais tout aussi bien qu'il est moche si c'était le cas. Mais objectivement, il est réussi. Grand, gros, des yeux vert jaune, le ventre et les pattes blanches, avec aussi un petit de blanc au menton, un petit nez brique. Il est là par terre et je le regarde. En ce moment, c'est vrai qu'il est loin d'être à son mieux. Il mue et puis il s'est gratté comme une furie à la suite d'une petite visite de puce et il s'est couvert de croûtes. Les gens qui le voient me demandent invariablement quand elle va avoir ses petits. C'est vrai qu'il a la peau de l'abdomen distendue. C'est ses bourrelets. Comprenez bien que le seul plaisir de mon petit chat c'est de manger. Il y en a qui aiment chasser, vagabonder. Lui, il aime manger et presque uniquement une marque et les boîtes vertes au thon. Et en mousse s'il vous plaît. Monsieur déteste les morceaux. Ce n'est pas lui qui viendra faucher quelque chose dans la cuisine ou sur la table (faudrait déjà qu'il puisse y monter car ce n'est pas un acrobate, surcharge pondérale ou pas. J'ai investi dans un superbe arbre à chat pour contenter ses instincts, les chats aiment tellement ça qu'on fermera les yeux sur le préjudice esthétique subi par mon salon. Et bien, il ne sait même pas qu'il y a un arbre à chat dans l'appartement. Hé dis, tu crois, que je vais abandonner la place pour le chien. Ici c'est chez moi et qu'est-ce que c'est que ton arbre, moi il me faut mes aises, le canapé est bien mieux!). Honnêtement, certaines options méritent réflexion. Qu'est-ce qui importe pour moi? Que mon chat soit heureux et que ça dure le plus longtemps possible. Qu'est-ce qui importe pour lui? De s'empiffrer. A-t-il d'autres satisfactions dans l'existence? Il faut donc que je choisissent entre qualité et quantité de vie. Si je choisis quantité ce ne peut être que par égoïsme et selon des critères humains. Si je choisis qualité, je risque que sa santé s'en ressente et peut-être même que sa vie ne soit raccourcie. Qu'est-ce que ça peut bien lui faire de vivre vingt ans avec la faim au ventre? Donc mon chat mange quand il a faim et autant qu'il le souhaite. N'allez vous imaginez non plus que c'est devenu un ballon. J'ai connu bien des chats plus gros. Il est juste un peu grassouillet, rien de vraiment monstrueux. Il ne faut pas s'imaginer non plus que je le nourris (d'ailleurs c'est Denis qui le nourrit, à moi il ne me demande quelque chose qu'en cas d'extrême nécessité) parce que sinon il est tellement collant et emmerdant et geignard et c'est tellement plus simple de dire oui que de dire non. C'est que je sais me monter parfaitement obstinée quand j'ai pris une résolution. Ce qui me préoccupe le plus, c'est le manque de variété de son régime alimentaire. Depuis plus d'un an qu'il mange tous les jours tous les jours la même chose, et uniquement du bas de milieu de gamme et qu'il refuse absolument tout autre aliment, il y a de quoi se faire un certain soucis. D'ailleurs, son poil était devenu terne. Au début nous avions cru que c'était le contre choc de la cohabitation forcée avec le chien de ma soeur. Qu'Elf aitb amené ses puces ou le contraire, le fait de mettre en présence les deux animaux a provoqué une sorte d'invasion. Elf est allergique aux puces et Long John s'est mis à se gratter frénétiquement s'arrachant la moitié de la peau du dos et tout ce qu'il pouvait atteindre avec griffes ou dents. Nous avons eu vite fait d'exterminer les hôtes indésirables mais les lésions tardaient à cicatriser et quand finalement le poil eut repoussé, je remarquai que d'une façon tout à fait extraordinaire et inexpliquable, Long Jong avait changé de couleur, et que la fourure était terne et mitée. Ses pattes antérieures semblaient parfois secouées de tremblements comme quand on manque de magnésium. Je pensais donc que peut-être le chat souffrait d'une quelconque carence. Or quand les carences sont dûes à un manque de varité dans l'alimentation elles sont générallement associées à des sur-dosages dans d'autres vitamines ou olligo-éléments et un complexe polyvitaminé ne fait donc pas l'affaire dans un tel cas. J'analysais donc la composition de son ordinaire pour chercher ce qui manquait et ce qui était présent en quantité exédentaire. Ensuite il fallu trouver la pillule miracle qui n'apporterait que ce qui manquait. Il ne restait plus qu'à l'acheter, ce qui fut promptement réalisé et à lui faire ingurgiter matin et soir jusqu'à ce qu'il n'aime plus les caresses (c'est la marque qu'il mange).
Bref, pour en revenir à mes petits chiens, on les a vu ces petits chiens de rien du tout qui attendait le retour de leur maman pour passer au gueuleton. On était conquis, c'est clair, mais je vous rappelle que nous n'étions venus qu'en observateurs cynophiles, pour se faire une idée. En fait, nous savions déjà en venant que nous voulions un chien. On avait tout lu, et relu, même ma vieille collection de Chien 2000. Un chien, quand même on savait bien ce que c'était. Mes grands-parents en avaient eu, mes parents, ma soeur aussi. On ne fonçait pas dans le brouillard. On était prêt à débuter une aventure mais en connaissance de cause (J'adore quand un plan se déroule sans accroc). On a regardé les pedigrees, les lignées et tout et tout. On a posé des tas de questions dont on connaissait les réponses (Qui n'entend qu'un son, n'entend qu'une cloche). La presse spécialisée pensait comme l'éleveuse. On a vu aussi le reste de la famille, les jeunes et jolies tantes. Il ne faisait vraiment pas chaud ce jour-là. Quand nous avons voulu repartir, Denis avait oublié d'éteindre les phares et la batterie était à plat. C'est malin! L'émotion sans doute! Heureusement qu'on a toujours nos pinces croco. C'est une habitude qui remonte loin au temps où j'avais ma Regata de collection qui me faisait souvent des farces. Malheureusement, dans ma profession, on n'arrive pas en retard. Donc on prend ses précautions pour arriver toujours à l'heure. Si c'est pas de la conscience professionnelle ça!
Inutile de dire qu'on s'était déjà décidé. Je sais bien, il faut mieux voir plusieurs élevages, mais si le premier où vous allez vous plaît, quel est l'intérêt de battre la campagne? Un élevage canin, je sais à quoi ça ressemble. Celui-là était bien, il y avait très peu de chiens, donc ce n'était pas pour le profit qu'ils étaient élevés et puis quoi, il était quand même recommandé par le club alors si on ne peut pas se fier au club, à quoi ça sert?
Le seul problème était en fait qu'on n'osait pas trop se le dire qu'on voulait un chien. Je ne cessais de prétendre que mon intérêt pour les chiens n'était aucunement motivé par le désir si infime soit-il d'en avoir un et comme je n'arrêtais pas de dire ça, Denis n'osait pas trop me dire qu'il voulait un chien même si des fois il essayait de me le faire comprendre à mi-mots. C'est que Denis et moi, nous ne vivons pas vraiment ensemble. C'est lui qui habite chez moi si vous voyez la nuance. J'ai déjà tout perdu lors de mon premier divorce et ça m'a servi de leçon. Cela peut paraître dur et pas très sentimental, mais j'aime plus Denis et j'ai plus de respect pour lui en étant une personne complètement autonome et indépendante. Denis est délicat avec moi et il ne suggère jamais de faire quelque chose qu'il pense être contraire à ce que j'ai envie de faire (à part de s'abonner à Canal+). Il préfère attendre de voir ce que vais dire. Alors évidemment j'aime bien ne rien dire pour le taquiner, normal non? Mais on n'a pas trop besoin de se parler pour se comprendre.
Qu'est-ce qu'on décide? Est-ce que c'est un des ces chiots qu'on veut? Parce que si ce n'est pas exactement ça, on peut attendre. Qu'est-ce que t'en penses? Et toi? Ben, comme toi.
Donc c'est vu, on va téléphoner à l'éleveuse demain, il ne faut pas faire les choses à la hâte. Rendez-vous est pris pour choisir le chiot le 26 janvier. C'est écrit en rouge dans le calendrier. On amènera un jouet pour le chiot afin que celui-ci s'imprègne de l'odeur de sa famille. Ce sera un point de repère pour le jour traumatisant où on arrachera le chiot à son cocon. On demande si on pourra prendre des photos (c'est bien d'avoir le tout petit chiot en photo, et surtout les parents mais après tout on n'est pas chez nous et on ne débarque pas chez les gens caméra au poing, ce n'est pas notre genre). En attendant ce jour, on continue de s'informer et on commence à comparer les divers accessoires, les prix, les magasins. Faut choisir un nom à la petite bête. On ouvre les dictionnaires, on consulte le minitel. C'est l'année des J, pas facile. J'aurais voulu en acheter un dans l'année des L pour l'appeler Lorraine et voilà qu'il faut trouver un autre nom. Je sais bien que le chien peut avoir un nom officiel et un nom officieux, on fait ce qu'on veut quand même mais pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple et donner deux noms au lieu d'un. Il me paraît beaucoup plus rationnel de trouver un nom qui nous plaise et qui commence par la lettre de l'année. J'ajouterais entre parenthèses que cela permet de savoir tout de suite à qui on a affaire et quand on me dit "Mon chien s'appelle Ulla", je comprends tout de suite que ce n'est pas la première jeunesse. Y a pas à dire, je trouve cela pratique. On ne peut pas donner à un chien le nom qu'on donnerait à un chat. Le chat est un adulte qui est dans une relation de partenariat avec l'homme et il lui faut un mon qui inspire le respect et ne soit pas infantilisant alors que le chien est un éternel enfant qui a besoin d'un nom qui sonne, quelque chose de simple même si certains chiens de concours porte des noms de chiens de course comme Dragueur Mondain ou je ne sais quoi (sans offenser personne, d'ailleurs ces chiens-là ont en général un petit nom intime pour leur vie privée). Comme nous n'avons pas trouvé de nom qui nous satisfasse (Jeudi? Janvier? Jessie?) nous l'appellerons Jeep comme le chien de Popeye. C'est mignon, non? Et puis ça sonne bien. Emballé c'est pesé!
Quand arrive le jour tant attendu, nous empruntons un appareil photo, car nous n'en avons pas, d'ailleurs nous n'avons pas grand chose (je me méfie de la technologie qui asservie l'être humain plus qu'elle ne le sert), et nous repartons dans l'Indre et Loire dans le plus grand secret pendant que les gosses sont à l'école.
On prendra celui qui nous plaira le plus. C'est la seule chose qu'on se soit dite. Les tests, Campbell et compagnie, croyez-y si vous voulez mais tant que leur valeur ne sera pas scientifiquement prouvée (et encore)... pas besoin d'une règle et d'un fil aplomb pour mettre un tableau droit! Si le chiot est avenant et équilibré, on s'en rendra compte tout de suite. Il y a une autre dimension dans le choix d'un chiot qui n'a pas droit de citer dans la littérature spécialisée et c'est bien dommage. Il s'agit de la réciprocité du choix. Il ne suffit pas que ce chiot-là me plaise, encore faut-il que je lui plaise et qu'il ait envie de me connaître. Il y a des tas de chiots merveilleux qui ne s'entendrait pas avec moi par incompatibilité de caractère tout simplement. Or, là-dessus, on peut faire confiance aux chiens. Ils savent mieux que nous ce qui nous convient. D'ailleurs, neuf fois sur dix, le maître qui recherche un animal de compagnie choisira le chiot qui sera venu spontanément vers lui. En fait, c'est le chien qui aura choisi et c'est très bien comme ça. Déjà qu'on est acheté comme des esclaves si en plus on n'a pas notre mot à dire, mais que fait la SPA?
Dans une portée de Golden, tous les chiots sont de la même couleur et pour cause, donc déjà pas d'hésitation de ce point de vue-là. La portée qu'on nous a présentée n'était pas seulement homogène sur le plan morphologique, elle l'était aussi sur le plan du comportement. Nous avions devant nous six petits clones. Et ils étaient bien sociabilisés, pas de problème de ce côté-là. Espiègles, confiants et déjà intelligents, sachant jeter des regards mouillés pour réclamer les bras. On ne voyait pas le temps passer et l'éleveuse ne nous a pas pressé. Disons que sur les six, il y en avait deux que je trouvais un peu moins jolies de tête. Il en restait donc quatre. Je ne sais pas comment finalement on a réussi à un choisir deux, parce qu'on les aimait toutes et qu'elles nous le rendaient. On aurait bien aimé que l'éleveuse la choisisse à notre place ou qu'elle nous conseille au moins mais elle les trouvait tous pareils. Elle avait d'ailleurs déjà eu l'occasion de constater que ce couple parental engendrait une progéniture extrêmement homogène.
Au moment de remplir quelques papiers, nous avons informé l'éleveuse de notre projet patronymique pour le chien et elle a compris Jip au lieu de Jeep et on a trouvé que finalement c'était encore mieux. On est anglophile (enfin c'est-à-dire surtout moi) mais Jip, c'est bien et sans référence. Un nom vierge en quelque sorte. On a encore posé plein de questions, et qu'est-ce qu'il mangeait, à quelle heure, quels vaccins, quand. On voulait être tout prêt pour le jour J. On a confié notre côtelette en plastique (pas terrible comme jouet, mais après être resté une demi-heure au rayon gadgets pour chien il a bien fallu se décider, parce qu'à onze et demie il faut aller chercher les enfants à l'école. Alors, qu'est-ce qu'on prend? Un dinosaure ou une godasse. Celui-là il est trop moche, et celui trop vulgaire et celui-là trop cher. Une côtelette c'est rigolo ? Non? Si, super drôle et puis les chiens ont un tel sens de l'humour, ça va certainement les faire marrer. Tu te fous de moi? Non pas du tout, sérieux c'est top comme jouet!). Il s'avéra qu'il s'agissait en fait d'un jouet parfaitement inadapté. Il n'offrait pas assez de résistance aux crocs de neufs chiots et en plus le petit tut-tut qui se trouvait à l'intérieur représentait un danger potentiel. Je n'aurais pas voulu qu'un des chiots s'étrangla en l'avalant de travers. La prochaine fois j'achèterais plutôt une haltère en corde. Inocuité totale, grande résistance, très appréciée de la gente canine et capable de retenir les odeurs bien supérieurement au plastique.
On est reparti et au lieu d'aller direct à la maison, malgré l'heure du déjeuner on a fait un crochet par Carrefour pour faire développer des photos. Vain dieu que c'est cher, je n'y croyais pas. On a regardé les laisses et les colliers et tous les accessoires.
Si la suite vous intéresse, envoyez un message à mdesnos@yahoo.fr pour me laisser votre adresse.
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